Questions de brut? Un aperçu sur l’économie pétrolière du Canada
Rédigé par L'équipe Investisseur Inspiré
Publié le 26 janvier 2026
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Si vous essayez de comprendre ce que l’avenir réserve au pétrole, vous n’êtes pas seuls. On s’attendait à ce que les véhicules électriques ralentissent la demande de pétrole brut, mais de nombreux constructeurs automobiles reviennent aux véhicules à essence. Les stocks de pétrole étaient suffisants, mais il semble maintenant y avoir une course à l’accroissement de la production, comme en témoignent l’arrestation par les États-Unis du président vénézuélien Nicolás Maduro et l’intention des États-Unis d’exercer une influence sur l’industrie pétrolière du pays.
Si ce pétrole est désormais acheminé vers les États-Unis, beaucoup pourraient se demander ce que cela signifie pour le pétrole brut canadien, dont une grande partie est destinée aux mêmes raffineries américaines. La réponse est un peu compliquée, mais une bonne compréhension du secteur peut aider. Voici ce qu’il faut savoir au sujet de l’industrie pétrolière du Canada.
Quelle est la quantité réelle de pétrole dont dispose le Canada?
Étant donné l’importance de l’industrie pétrolière du Canada pour notre économie (le secteur représentait environ 3 % du produit intérieur brut du pays en 2024)1, il n’est pas surprenant que nous disposions d’une quantité considérable de pétrole, soit environ 171 milliards de barils de réserves prouvées. Selon les estimations de Ressources naturelles Canada, la quasi-totalité de ces réserves (environ 166 milliards de barils) se trouve dans les sables bitumineux de l’Alberta2.
Cela peut sembler énorme, mais le Canada n’est pas le pays le plus riche en pétrole au monde. Ce titre revient au Venezuela, qui produit du pétrole brut semblable au nôtre. Ce pays d’Amérique du Sud possède environ 303 milliards de barils de réserves prouvées, même s’il ne produit actuellement qu’environ 1 million de barils par jour, contre 6 millions pour le Canada3. L’Arabie saoudite et l’Iran sont également de grands producteurs de pétrole, avec respectivement environ 267 et 209 milliards de barils de réserves prouvées4.
Le principal type de pétrole produit au Canada est le brut lourd. Il est épais, visqueux et acide (ce qui signifie qu’il contient une forte teneur en soufre). Pour qu’il soit utilisable, ce type de pétrole nécessite un traitement supplémentaire et de l’équipement spécial pour le raffiner en produits comme l’essence et le diesel. En raison de ces complexités, entre autres, le Western Canada Select (WCS), qui est l’indice de référence du pétrole brut lourd au Canada, se vend généralement à un prix inférieur à celui du pétrole léger, comme le West Texas Intermediate (WTI), l’indice de référence en Amérique du Nord5.
Qui sont les principaux clients du Canada?
L’an dernier, le Canada a exporté plus de 4 millions de barils par jour, dont la grande majorité à destination des États-Unis. Il exporte aussi de petites quantités en Europe, en Asie et dans les Caraïbes6. Depuis quelque temps, toutefois, le Canada s’intéresse à l’Asie afin d’élargir sa clientèle. Le gouvernement fédéral et la province de l’Alberta ont conclu un protocole d’accord à la fin de l’année dernière, qui propose la construction d’un oléoduc d’une capacité d’un million de barils par jour, auquel s’ajouteraient 300 000 à 400 000 barils par jour provenant de Trans Mountain, afin d’accroître la capacité d’exportation vers l’Asie7.
Comment fonctionne la chaîne d’approvisionnement du pétrole au Canada?
L’extraction du pétrole brut et sa transformation en produit fini utilisable constituent un processus transfrontalier complexe. En raison des contraintes liées à la géographie et aux oléoducs, il nous est difficile de transporter le produit raffiné vers certains marchés intérieurs, alors nous dépendons toujours des importations dans certaines régions. « Les oléoducs qui transportent le pétrole brut canadien vers les raffineries de l’Ontario traversent en fait les États-Unis », explique Jesse Coote, gestionnaire de portefeuille, Actions nord-américaines à RBC Gestion mondiale d’actifs.
Le pétrole brut lourd peut être extrait de gisements peu profonds ou de gisements plus profonds en injectant de la vapeur dans le réservoir afin de mobiliser le pétrole pour qu’il puisse être pompé hors du sol. Une fois le pétrole à la surface, il est transporté vers une raffinerie, habituellement par oléoduc vers les États-Unis8. Cette chaîne d’approvisionnement comprend trois sous-secteurs principaux, soit en amont, intermédiaire et en aval. Voici une description de chacun d’entre eux :
• Les activités en amont désignent l’exploration et la production. C’est là que les entreprises cherchent du pétrole, forent des puits et extraient le pétrole du sol.
• Les activités intermédiaires comprennent le transport, le stockage et le traitement. Elles englobent les oléoducs, les terminaux, les réservoirs de stockage, le transport ferroviaire et les installations d’exportation.
• Les activités en aval comprennent le raffinage, la commercialisation et la vente des produits finis. C’est là que le pétrole brut est transformé en carburants et en produits utilisables comme l’essence, le diesel, le carburéacteur et le mazout de chauffage.9
Comment le prix du pétrole est-il fixé? Les récents événements au Venezuela ont-ils une incidence sur les coûts?
Comme pour à peu près tout ce qui concerne le pétrole, la réponse est complexe. Les prix du pétrole brut sont relativement bas en raison de l’offre excédentaire sur le marché, ce qui explique en partie pourquoi le plan des États-Unis visant à contrôler le pétrole vénézuélien n’a guère eu d’incidence sur les prix mondiaux. Le WTI, indice de référence nord-américain, se négocie actuellement entre 50 $ US et 60 $ US le baril.10
On pourrait penser qu’en raison de l’offre excédentaire de pétrole à l’échelle mondiale, la possibilité d’une augmentation de l’offre de pétrole brut vénézuélien sur le marché ferait baisser encore plus les prix du pétrole. C’est peut-être vrai, mais il faudra probablement un certain temps avant que le Venezuela puisse produire davantage de pétrole brut. Comme M. Coote l’explique, de nombreux efforts sont nécessaires – de la rénovation des infrastructures vieillissantes à la recherche de main-d’œuvre et d’expertise technique – avant que le Venezuela puisse accroître sa production de façon significative. Cela pourrait prendre des années, si tant est que cela se produise.
M. Coote ajoute qu’une grande partie de l’offre excédentaire actuelle de pétrole semble avoir été absorbée par la Chine, qui a acheté des barils et les a stockés. Il y a aussi eu une augmentation de l’offre en provenance de pays comme le Brésil et le Guyana, et d’ici, au Canada, en 2025. « L’offre est tellement importante sur le marché à l’heure actuelle que les événements géopolitiques comme ceux au Venezuela n’auront probablement pas de répercussions, a déclaré M. Coote. Le plus grand risque pour les prix du pétrole est que cette offre supplémentaire cesse d’être absorbée. »
Qu’est-ce que l’OPEP et quel est son rôle dans l’établissement des prix?
L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) est composée de 12 pays membres, dont le Venezuela est l’un des membres fondateurs. Collectivement, les pays membres ont produit environ 35 % du pétrole brut mondial l’an dernier, les exportations du groupe représentant environ la moitié de tout le pétrole commercialisé à l’échelle internationale. En travaillant ensemble, les membres de l’OPEP peuvent augmenter ou ralentir la production au besoin pour influencer l’offre, ce qui confère à l’organisation une grande influence sur les prix mondiaux du pétrole. Lorsque l’OPEP réduit ses objectifs de production, les prix du pétrole augmentent généralement11.
En 2016, l’OPEP a ajouté 10 autres pays producteurs de pétrole pour former l’OPEP+. Le groupe, qui comprend l’Arabie saoudite et la Russie, avait réduit l’offre, mais en 2025, il s’est engagé à remettre 2,2 millions de barils par jour sur le marché12. À la fin de décembre, il avait ajouté 548 000 barils par jour sur le marché, mais en janvier, il a annoncé qu’il suspendait les augmentations pour le moment13.
À quoi ressemble l’avenir du secteur pétrolier canadien?
Le Canada essaie de devenir plus concurrentiel en facilitant l’acheminement du pétrole vers les marchés. M. Coote fait remarquer que lorsque le nouveau tronçon de l’oléoduc Trans Mountain est entré en service en 2024, il a permis au Canada d’exporter 890 000 barils de pétrole brut par jour depuis la côte ouest, comparativement à environ 300 000 barils auparavant14. « Nous expédions beaucoup plus de pétrole brut depuis la côte ouest qu’auparavant, et ce vers des clients différents de ceux des États-Unis. Il est désormais destiné à l’Asie, dit-il. Nous continuerons sur notre lancée, car il y a encore des possibilités d’accroître nos exportations. »
Que doivent garder à l’esprit les investisseurs?
Il est important que les investisseurs retiennent que même si plus de pétrole vénézuélien est acheminé vers les États-Unis, ce changement ne se fera pas du jour au lendemain. « À court terme, l’impact sera probablement faible, estime M. Coote. À long terme, il est très difficile d’évaluer comment tout cela évoluera. » Même si les prix mondiaux du pétrole continuent de baisser, ces entreprises sont bien placées pour prospérer, selon M. Coote. Il explique que leurs dividendes sont durables, qu’elles disposent de flux de trésorerie disponibles considérables et que leur bilan est sain.
M. Coote entrevoit aussi des possibilités dans les entreprises de services pétroliers, qui fournissent des produits et des services essentiels aux sociétés productrices de pétrole. Si les prix des marchandises augmentent, les actions de ce secteur pourraient commencer à progresser, explique-t-il. « Nous commençons déjà à le constater dans certaines actions de sociétés américaines de services pétroliers qui servent des clients internationaux, car, en général, les investisseurs essaient d’anticiper la fluctuation des actions avant que celle-ci ne se produise », explique-t-il.
- Canadian Association of Petroleum Producers, "The Economic Impact of Canadian Oil and Gas" (en anglais seulement), « L’incidence économique du pétrole et du gaz canadiens » (traduction libre), avril 2025
- Gouvernement du Canada, « Ressources pétrolières », janvier 2025
- Canadian Association of Petroleum Producers, "Oil and Natural Gas in Canada" (en anglais seulement) « Le pétrole et le gaz naturel au Canada » (traduction libre), janvier 2026
- Organization of the Petroleum Exporting Countries, "2025 OPEC Annual Statistical Bulletin" (en anglais seulement), « Bulletin statistique annuel de l’OPEP 2025 » (traduction libre), 2025
- Government of Alberta, "WCS Oil Price", (en anglais seulement), « Prix du pétrole Western Canada Select (WCS) » (traduction libre), décembre 2025
- Gouvernement du Canada, « Survol de l'industrie du pétrole brut », juillet 2025
- Premier ministre du Canada, « Protocole d’accord entre le Canada et l’Alberta », novembre 2025
- Régie de l’énergie du Canada, « Réseau d’oléoducs », novembre 2025
- Gouvernement du Canada, « Feuille de route pour la décarbonisation du secteur pétrolier et gazier du Canada », juillet 2025
- Government of Alberta, "WCS Oil Price", (en anglais seulement), « du pétrole Western Canada Select (WCS) » (traduction libre), décembre 2025
- Organization of the Petroleum Exporting Countries, "Member Countries" (en anglais seulement), « Pays membres » (traduction libre), 2026
- Organization of the Petroleum Exporting Countries, "Saudi Arabia, Russia, Iraq, UAE, Kuwait, Kazakhstan, Algeria, and Oman reaffirm commitment to market stability on steady global economic outlook and current healthy oil market fundamentals as reflected in low inventories" (en anglais seulement), (traduction libre), 2026
- Organization of the Petroleum Exporting Countries, "Saudi Arabia, Russia, Iraq, UAE, Kuwait, Kazakhstan, Algeria, and Oman reaffirm commitment to market stability on healthier oil market outlook and adjust production upward" (en anglais seulment), 2025
- Trans Mountain, « Project antérieur : PETM », 2026
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